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REGARD EXPO 1991

Par Claire GILLY
 
DIX10 L’ESPRIT LUDIQUE

Sous la forme d’un simple constat, le groupe Dix 10 (fondé en 1982 par J.J. Dow Jones et Roma Napoli) ne cesse de révéler les rouages et mécanismes du marché de l’art. Empreinte d’humour et de dérision, leur démarche met en évidence les aberrations d’un système, sans pour autant dresser une critique acerbe, ou négative, contre une réalité spéculative.

Par l’observation du phénomène boursier, Dix10 met en scène l’envers du décor : partant du principe que « l’art n’est qu’un produit », il dénonce la valeur qu’il est sensé atteindre par une démystification des cotes.
Replaçant l’objet dans un contexte mercantile, Dix10 accorde au sérieux conventionnel une dimension ironique : si l’objet‑tableau se décline en objet‑marchand, pourquoi l’oeuvre originale ne serait pas un produit de consommation courante ?

Leur première exposition impose d’emblée la cohérence d’une économie de marché ; exposant sur de véritables rayonnages plus de 4 000 « natures mortes », ils transforment la galerie en une grande surface, où chacun est libre de se servir et de passer à la caisse… A noter : les peintures, ne figurant que des produits alimentaires (petits pois, sardines à l’huile … ) ou de premières nécessités (paquet de lessive … ), sont vendues au prix de l’objet représenté. Par cet esprit corrosif, Dix10 relativise la voleur commerciale d’une oeuvre, fissurant ainsi son image de marque.

Loin de juger les institutions culturelles, Dix 10 s’empare cependant d’un chef d’oeuvre de la Renaissance italienne exposé au Musée du Louvre. Il décide de repeindre la Joconde, se rapprochant ainsi d’une attitude post‑duchampienne. En fait, le portrait de Mono Lisa n’est qu’un prétexte pour déstabiliser les éventuels acheteurs ; estimé à prés de 3 milliards de francs, il souligne à la fois le mépris d’un bien matériel et la volonté agressive à l’égard des finances.
Pour ce groupe anti‑conformiste, l’Art est un leurre; l’argent, critère universel d’évaluation, conditionne tout jugement esthétique : prenant conscience de cette carence, Dix 10 revendique un acte contestataire par la mise en péril d’une opération de change.

En 1986, il profite d’un fait médiatique pour modérer l’abus d’un certain pouvoir : célébrant sa vingtième exposition, il présente une série de lithographies d’après les célèbres colonnes du Palais‑Royal. Convaincu que Buren est lui‑même le produit d’un art officiel, Dix 10 trace, d’un geste tremblé et volontairement maladroit, des rayures inégales. Qu’importe l’oeuvre pourvu que l’auteur soit reconnu…

Poursuivant ses considérations sur le milieu de l’art, Dix 10 propose une oeuvre insolite fondée sur l’assemblage de matériaux divers. Par la présentation de sculptures récentes, il réhabilite le contenu subjectif d’une figure au détriment d’un nihilisme sous-jacent ; ce qui l’intéresse n’est pas d’imposer un style mais de susciter la curiosité du public. Serait ce l’occasion de dénoncer l’incohérence et l’extravagance d’un discours ?

A suivre…

Galerie Lara Vincy. Jusqu’au 30 janvier