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CONNAISSANCE DES ARTS 1983

Denis Picard

LE PRIX DU SOUVENIR

Paris ‑ La galerie Lara Vincy transformée en boutique de souvenirs de Paris, on aura tout vu 1 Responsable de cette temporaire transformation, le groupe Dix 10. Un groupe à deux, qui en trois ans a réalisé quatorze expositions pour montrer rien moins de quinze mille oeuvres. Stakhanovistes de la peinture, Roma Napoli et J.‑J. Dow Jones? Pas plus que les champions de la figuration libre. Mais s’ils peignent aussi vite ‑ et pas plus «mal» ‑ qu’eux, les deux fondateurs de Dix 10 n’ont pas les mêmes appétits: on peut s’offrir certaines de leurs oeuvres pour 100 F! Mais il est vrai que les prix des oeuvres signées Dix 10 relèvent d’un système tout à fait particulier: ils sont calqués sur le prix des objets représentés. Ici s’entassent trois cents représentations de ces petites tours Eiffel dans un globe que la neige elle tombe dessus quand on le retourne, et autres ignobles petits bibelots pour touristes de masse. Il y a le Centre Pompidou (ill.), Notre‑Dame, le Pont  Neuf, l’Arc de Triomphe et même de futurs souvenirs de Paris, puisqu’on trouve déjà la pyramide du Louvre!

Selon que le souvenir représenté est en plastique ou en métal, le prix varie… Roma Napoli le dit sans ambages: ce qu’elle vend 100 F ne vaut que 100 F… Boutade ? Jeu ? Qu’on y réfléchisse. Ce mode de tarification est‑il plus absurde que celui qui prévaut, par exemple, en ventes publiques, quand la «valeur» d’une oeuvre ne dépend, en fin de compte, que de la rivalité de deux «amateurs»? Dix 10 merci, avec vous c’est pas l’ennui.

Galerie Lara Vincy, 47 rue de Seine; du 12 au 30 septembre.